Après Eurosatory 2022, notre bilan

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Eurosatory s’est déroulé à Villepinte du 13 au 17 juin 2022, accueillant des milliers de visiteurs et visiteuses pour le salon qui se revendique le plus gros au monde sur la défense aéroterrestre. Entre les deux tours des élections législatives, Eurosatory a eu lieu dans un contexte encore plus opaque et fermé qu’à l’habitude.


Au côté de SFW et du Mouvement de la paix, une dizaine de militant-es, de citoyen-nes français-es et européen-nes s’étaient rassemblé-es devant Eurosatory, comme à chaque édition depuis 2018 au nom de SFW, et depuis 2014 pour certain-es membres. Le but était de témoigner d’une position différente d’Eurosatory et d’engager des discussions avec la foule qui s’engouffrait dans le parc des expositions. Cette année, nous avions choisi d’axer notre campagne contre Eurosatory sur les liens entre le militaire et l’environnement, un sujet malheureusement brûlant alors que les températures étaient régulièrement au-dessus de 30°c à Paris la semaine du salon. Dans le cadre de notre campagne, nous avions produit-es des cartes postales à distribuer aux passant-es. Ces cartes postales donnent des informations en anglais et/ou en français pour éduquer sur cette question, trop peu connue, y compris par les professionnel-les du milieu.
Comme à chaque édition, nous avions déposé une déclaration de manifestation à la préfecture de Bobigny en restant à la disposition des autorités. Pourtant, lundi matin, à la sortie du RER, plusieurs services d’ordre nous ont demandé de ne pas rester à l’endroit pourtant prévu par la déclaration de manifestation. La police, le service de sécurité de Villepinte ainsi que la sûreté RATP/SNCF ont alors démontré une grande confusion en nous disant que l’espace entre la sortie du RER et le parc des expositions Villepinte était public, puis privé (et inversement), nous demandant de nous déplacer à quelque centaines de mètres de là, où personne ne passe.
Les instructions n’étaient pas du tout claires, alors même que nous possédions notre autorisation par la préfecture de Bobigny. Cela nous a conduit à quitter les lieux en attendant plus d’éclaircissement sur la situation. A notre grande surprise, nous avons appris le mardi 14 juin après-midi, que tout rassemblement ou manifestation sur les communes de Villepinte et Tremblay-en-France avaient été interdites par arrêté préfectoral publié le lundi 13 juin et signé par Monsieur Didier Lallement, préfet de Paris.

Ainsi donc, au lieu de garantir le droit fondamental de manifester, la préfecture de Paris a décidé de l’interdire. L’arrêté invoque des problèmes de sécurité liés au mouvement des gilets jaunes, aux convois de la liberté ou encore à l'opposition anti-pass vaccinal, alors même qu’il n’existe aucune connexion entre ces évènements et notre campagne ainsi que nos membres. Quelle menace sécuritaire posait une dizaine de manifestant-es pacifiques alors même que les forces de l’ordre étaient plusieurs dizaines ? Cet arrêté ne semble pas avoir été pris en dernier recours, comme cela pourrait le justifier, mais plutôt en mesure préventive, nous privant de notre liberté de manifester.

Chaque année, l'espace qui nous était concédé et notre liberté de manifester ont été lentement restreints, cette dernière évolution étant la plus grave à nos yeux. Si la sécurité était un problème, la police aurait pu l'anticiper, et les forces de sécurité appropriées étaient présentes, en plus grand nombre que les militant-es. Un énorme salon de l'armement basé sur la sécurité et la défense, incapable de garantir la sécurité en raison de la présence d'activistes pacifiques ? Cela semble plus qu'ironique.

Notre expérience cette année à Eurosatory n'est pas propre à la France ou à notre campagne. Au Canada, les manifestant-es qui s'opposaient au salon de l'armement CanSec, également en juin de cette année, ont dû faire face à une sécurité accrue et un homme de 80 ans a été assez gravement blessé lorsqu'il a été écarté de la route par la police. En Australie, des militant-es pacifistes lié-es à un groupe de défense du climat ont vu leurs téléphones saisis et leurs domiciles perquisitionnés par la police.
Cela montre une tendance mondiale choquante contre les mouvements anti-militarisation. Il y a de moins en moins d'espace pour le désaccord au sujet de la défense. Si on empêche la société civile de protester ou d'utiliser les moyens dont elle dispose pour essayer de se faire entendre, quels autres espaces restent-ils ?
Pourquoi les ventes d'armes qui tuent sans discrimination et les profits de la guerre sont-ils autorisés alors que les protestations pacifiques ne le sont pas ?

Les questions de sécurité nous concernent tous et toutes et auront un impact sur chacun.e d'entre nous, qu'il s'agisse de notre sécurité environnementale, de notre sécurité physique ou de notre sécurité alimentaire, nous avons le droit d'être impliqué-es dans cette discussion.

 

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L’arrêté préfectoral à consulter ici

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